Le village de bergers de Ras al Auja fait paître ses troupeaux dans les montagnes depuis des décennies. Ses habitants s’y sont installés en 1948, contraints de fuir Beer Sheva pendant la Nakba. Beer Sheva se situe à 6 km à l’ouest du village d’Al Auja et à environ 11 km au nord-ouest de Jéricho.

Cette communauté de 300 familles a été anéantie, détruite et réduite à néant par le harcèlement et les violences perpétrés par les colons, sous l’égide de l’État sioniste. Les 300 familles ont progressivement quitté les lieux, ne pouvant plus survivre face au harcèlement, aux agressions et au vol de leurs terres, de leur eau et de leurs troupeaux par les colons.

Al Jazeera : Les avant-postes de colons israéliens étouffent la vie palestinienne dans les villages de Cisjordanie.

Lorsqu’ils sont arrivés dans la région il y a 80 ans, c’était pour vivre près de la source naturelle qui alimentait la végétation environnante. C’était un lieu où l’on venait se baigner, pêcher et se détendre au milieu des bananeraies. Puis vint l’occupation en 1967. En 1972, Mekorot (la compagnie israélienne des eaux) creusa deux puits si profonds qu’ils tarirent l’eau de la source, réduisant son débit à un filet. Malgré tout, la communauté resta ferme et survécut. Peu à peu encerclés par les colonies et les points de contrôle de l’occupation, ils continuèrent à résister. Ils refusèrent de partir lorsqu’une famille de colons s’installa dans une colonie (gardée par l’armée d’occupation), s’empara de leurs terres et les força à descendre la montagne.

En 2011, les femmes du village, en collaboration avec Jordan Valley Solidarity et des équipes de volontaires internationaux, construisirent une école pour leurs enfants, afin qu’ils n’aient plus à parcourir 7 km jusqu’à l’école la plus proche, à Al Auja. L’occupation a démoli l’école, puis, au fil des années, elle est revenue détruire plusieurs maisons et abris pour animaux. Elle a ensuite déclaré la source « réserve naturelle » afin d’empêcher les Palestiniens de Ras Al Auja d’y accéder.

La communauté a tenu bon face à tout ça, mais ces quatre dernières années, les attaques des colons se sont intensifiées au-delà du supportable.

En 2022, des colons ont établi un nouvel avant-poste au sommet de Ras al Auja et ont commencé à harceler et voler les habitants du village. Ils leur ont également volé leurs moutons : plus de 1 500 têtes ont été dérobées entre 2022 et 2025. Parallèlement, ils ont empêché les bergers palestiniens de faire paître leurs troupeaux autour du village. Les colons ont détruit toutes les canalisations d’eau que les villageois utilisaient pour acheminer l’eau de la source jusqu’à leurs maisons ou leurs abris pour animaux.

Rashid Khudairi, de l’organisation Solidarité de la Vallée du Jourdain, a déclaré :
« Les colons se sont approprié les principales ressources dont ces populations avaient besoin pour survivre : l’eau et la terre. Parallèlement, ils ont détruit la vie des enfants du village en leur refusant l’accès à l’école, les obligeant ainsi à parcourir plusieurs kilomètres chaque jour pour se rendre à l’école d’Al Auja. »

Début janvier 2026, les colons installèrent un nouvel avant-poste en plein cœur du village, au centre de la communauté. De là, ils renforcèrent leur emprise sur les villageois. Ils empêchaient notamment les Palestiniens d’entrer ou de sortir du village, surtout pour aller chercher de l’eau. En cas d’urgence ou de besoin de soins médicaux, les familles ne pouvaient quitter le village pour se rendre à la clinique d’Al Auja ou à l’hôpital de Jéricho. Les colons pénétraient régulièrement dans les maisons des familles palestiniennes, se livrant à des actes de violence, volant ce qu’ils voulaient et terrorisant les enfants. Nombre d’enfants du village furent profondément traumatisés, au point de ne plus se sentir en sécurité et de vivre dans la crainte constante d’une nouvelle attaque.

Fin janvier 2026, les dernières familles quittèrent les lieux, brûlant les quelques biens qu’elles ne pouvaient emporter, afin d’empêcher les colons de leur voler ce dernier fragment de vie.

Selon Rashid Khudairi :
« Voilà comment ils ont brisé la vie des Palestiniens à Ras al-Auja. Voilà comment les colons sont parvenus à les déloger de leurs terres, les forçant à quitter leur village. Les colons et les autorités d’occupation sont si fiers de leurs méthodes que le ministre des Finances d’extrême droite, Smotrich, est venu au village en décembre 2025 pour féliciter les jeunes hommes armés de fusils M-16 qui avaient brutalement terrorisé une petite communauté agricole au point de la contraindre à l’exil. »