Aux premières heures du dimanche 15 mars 2026, des forces d’occupation israéliennes en civil ont infiltré la ville de Tammun (au sud de Tubas), accompagnées de militaires provenant des postes de contrôle militaires d’Ein Shibli et de Tayasir.

Elles ont ouvert le feu sur une voiture civile transportant des membres de la famille Bani Odah, tuant quatre des six membres de la famille : Ali Khaled Sayel Bani Odah, 37 ans, son épouse Wa’ed Othman Aqel Bani Odah, 35 ans, et deux de leurs enfants, Mohammad, 5 ans, et Othman, 7 ans. Leurs deux autres enfants, Mustafa, 8 ans, et Khaled, 11 ans, ont été blessés par des éclats d’obus à la tête et au visage.

Selon des informations du ministère palestinien de la Santé, les quatre membres de la famille qui ont été tués ont tous reçu une balle dans la tête. Des témoins oculaires ont déclaré à Quds News que le véhicule avait été pris en embuscade à l’intérieur de la ville et non à un barrage routier militaire, et qu’aucun échange de tirs n’avait eu lieu.


Khalid Bani Odeh, âgé de 11 ans, qui a survécu au massacre de sa famille, a déclaré dans une interview publiée par Quds News sur Instagram :

Nous revenions de Naplouse et descendions la rue où se trouve le restaurant Nabulsi, quand ils ont ouvert le feu directement sur nous ; nous ne savions même pas d’où venaient les tirs. Tous les passagers de la voiture ont été tués, à l’exception de mon frère Mustafa et moi-même. Un soldat est alors venu, m’a tiré hors de la voiture et a commencé à me frapper sauvagement. Puis ils ont sorti mon frère Mustafa de la voiture et ont essayé de le tabasser aussi, alors je me suis interposé entre eux ; ils m’ont poussé à terre et ont commencé à me donner des coups de pied dans le dos avec leurs bottes. Ensuite, des chiens m’ont blessé.
La dernière chose que mon père a dite, c’est « Il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah », en levant le doigt et tout ça, et ma mère s’est mise à crier, mais elle s’est ensuite tue. Mes frères ne respiraient plus. J’ai cru que mon frère Mustafa avait lui aussi été tué. Aucun d’entre eux ne faisait de bruit.
Mohammed était au milieu, en train de parler à mon père, en riant. J’avais… j’avais mal à la tête, et mon frère Mustafa était là, derrière ma mère. Quand ils ont commencé à tirer, je me suis baissée en me couvrant la tête, et Mustafa a fait de même. J’ai essayé de tirer Mohammed vers moi, mais ils ont ouvert la porte et l’ont sorti de force. J’ai repoussé la main du soldat qui le tenait, puis ils m’ont tirée dehors et ont commencé à me frapper

Après avoir tué la famille, les forces d’occupation ont remorqué la voiture palestinienne criblée de balles et l’ont emmenée vers une destination inconnue. Les secouristes ont dénombré 71 impacts de balles. Selon des habitants, la voiture a été touchée par de nombreux tirs, ce qui correspond au mode opératoire des opérations ciblées menées par les unités d’infiltration israéliennes.

La Société du Croissant-Rouge palestinien (PRCS) a déclaré que ses secouristes avaient été empêchés par des soldats israéliens de venir en aide aux blessés.

Al-Jazeera Arabic a rapporté que la famille rentrait chez elle lorsque l’unité en civil a intercepté son véhicule. L’armée israélienne a affirmé par la suite qu’elle menait une « opération d’arrestation », mais n’a fourni aucune preuve que la famille représentait une quelconque menace.

Ces derniers mois, Tammoun a subi des incursions répétées des forces israéliennes, impliquant souvent des unités d’infiltration, des drones et des véhicules blindés. Le meurtre de cette famille vient s’ajouter au nombre croissant de Palestinien.ne.s abattu.e.s lors d’incursions militaires israéliennes dans le nord de la vallée du Jourdain et dans la région de Tubas, où le recours à la force meurtrière est de plus en plus fréquent. Les efforts de l’occupant visant à procéder à un nettoyage ethnique des communautés de la vallée du Jourdain se sont considérablement intensifiés ces dernières semaines, alors que le gouvernement israélien entame la construction d’un mur d’apartheid de 500 km et d’une route militaire traversant la région. Ce mur est prévu pour relier à terme le plateau du Golan à la mer Rouge.

Depuis le début de l’agression militaire israélienne contre la bande de Gaza le 7 octobre 2023, les forces d’occupation et les colons ont tué 1 132 citoyens palestiniens et en ont blessé 10 483 en Cisjordanie occupée, dont 232 enfants et 24 femmes. Dans le gouvernorat de Tubas, 102 Palestiniens ont été tués, selon l’Observatoire Shireen.