Jeudi 5 mars 2026 – Les forces d’occupation israéliennes (IOF) ont lancé une nouvelle opération visant à contrôler les déplacements dans le nord de la vallée du Jourdain, étouffant ainsi les échanges économiques entre des régions clés de la Cisjordanie et privant les Palestinien.ne.s de leur droit à la libre circulation.

Elles ont installé des barrières (de checkpoint) verrouillables à l’entrée des villages, elles ont coupé l’accès à un axe routier palestinien majeur et elles ont commencé la construction d’une route militaire. Cette route ouvre la voie à un nouveau tronçon du mur illégal d’apartheid israélien. L’IOF est susceptible de fermer ces barrières à leur guise, piégeant les voitures palestiniennes à l’intérieur ou à l’extérieur de leurs villages pendant des heures, voire des jours. Les villages de la vallée du Jourdain touchés par cette opération sont considérés comme la porte nord de la Palestine vers le monde arabe, ce qui en fait une zone stratégique pour l’annexion de la vallée du Jourdain par Israël.

Hier, le 5 mars, les forces d’occupation ont installé des barrières à l’entrée de cinq villages : Bardala, Kardala, Ein al-Beida, Zubaidat et Marj al-Naaja. 5 000 Palestiniens vivent dans ces villages. Trois d’entre eux, Bardala, Ein al-Beida et Marj al Naaja, sont les plus grands villages du nord de la vallée du Jourdain et sont considérés comme le poumon économique du gouvernorat de Tubas. Ce siège illégal des communautés palestiniennes empêche les travailleurs, les agriculteurs, les étudiants universitaires et les médecins d’accéder à leur lieu de travail, imposant des restrictions insoutenables à la population, dans le but ultime de la déplacer.

Le même jour, dans le village d’Atuf, les forces d’occupation israéliennes ont bloqué une route agricole importante à l’aide de gros rochers et de monticules de terre. Cette route part de la ville de Tubas, traverse la plaine d’Al-Bqai’a et relie les villages de Tammoun, Khirbet Ras al-Ahmar et Atuf, ainsi que leurs terres agricoles et leurs pâturages situés plus au sud-ouest. Elle se termine au niveau de la route 578 Allon, l’une des principales artères traversant la vallée du Jourdain. Ce nouveau barrage coupe les Palestinien.ne.s du commerce de la route Allon, de leurs terres agricoles et de leurs pâturages.

Les Forces de défense israéliennes (FDI) ont également commencé à construire une nouvelle « route de sécurité » traversant des terres agricoles, depuis le village d’Atuf vers le nord jusqu’à Khirbet Yarza. Cette route est interdite aux Palestinien.ne.s, mais sera probablement accessible aux colons israéliens illégaux. « Cette nouvelle route militaire isolera 180 000 dunams, soit 180 kilomètres carrés », selon Rashid Khudairi. Cela ralentira considérablement l’activité agricole de la plaine d’Al-Bqai’a, qui constitue la principale source de revenus de la plupart des habitant.e.s.

La nouvelle route militaire marque le début des travaux de la toute dernière portion du mur d’apartheid israélien, long de 482,8 kilomètres, qui s’étend des hauteurs du Golan occupées (Al-Jawlān) à la mer Rouge. Ce tronçon s’étendra du checkpoint d’Al Hamra à celui de Tayasir, traversant 22 kilomètres de terres palestiniennes. L’État colonialiste a déjà émis 70 ordres de démolition visant des structures palestiniennes (des serres aux usines en passant par les habitations) situées le long du tracé. Le mur d’apartheid et la route militaire visent à relier une série d’avant-postes de colons illégaux et à déplacer les Palestiniens, annexant de fait la Cisjordanie.

Outre ces événements, le vol systématique de l’eau (qui a commencé en 1937 avec la société israélienne Mekorot), associé aux attaques violentes des colons illégaux, afflige quotidiennement l’ensemble de la vallée du Jourdain.

Les événements d’hier se sont déroulés dans le gouvernorat de Tubas et dans le nord de la vallée du Jourdain, qui couvrent ensemble une superficie de 415 000 dunams (415 kilomètres carrés). À la suite des accords d’Oslo, 80 % de ces terres palestiniennes ont été classées en zone C, les plaçant sous la loi martiale israélienne. L’arrêt rendu en 2024 par la Cour internationale de justice juge illégale l’occupation continue de ces terres par Israël ; cependant, en l’absence d’une intervention internationale pour faire respecter ces décisions, cette région reste régulièrement exposée aux pires tactiques de nettoyage ethnique de l’occupation israélienne.